Je recommence. Avec dégout cette fois, une envie, certes, mais de vomir, d'avoir mal, de n'être plus. Comme si j'étais sans être, au beau milieu de l'illusion. Je ne sais pas pourquoi j'ai commencé et je ne sais pas si je finirai par me réveiller de mes cauchemars aux piques acérées, qui ont jadis laissé leurs cicatrices pleines de sens et sans raisons ? des questions de néant, un état de veille constant, des songes brumeux. Des mots que je hais au plus profond, mais c'est ainsi, tu le sais, j'ai écris à défaut, j'aurai pas du, j'ai mal au crâne. J'ai mal tout court et cela m'enchante de bonheur. Pouvoir déverser ma haine et mes souffrances agréables de masochiste du dimanche, le tout sur une seule feuille de papier, pendant un cours tellement inintéressant que tous se réfugient dans une inactivité latente et immobile qui durera jusqu'à l'instant ultime de la délivrance, apporté par une sonnerie nasiarde qui nous défoncera les tympans avec une joie monotone. Les dernières minutes de supplice seront agitées de brefs mouvements, des plus discrets possible, pour regarder l'heure et ranger le plus d'affaires encore sur la table – les seules désormais utiles à un cours sur ce cher bourgeois de Voltaire – soit une feuille et un stylo bic. Le reste ? c'est des trousses pleines de tout sauf d'affaires de calligraphie, ce sont des mots colorés arrachés à des feuilles à carreaux, ce sont des mouchoirs usés, des pinces à cheveux, des pulls, des livres – pour les plus courageux. Et cet homme qui vieillit, avec sa moustache blanche, et ses lunettes sur le nez, qui vieillit chaque seconde un peu plus et que chaque contrariété fait paraître plus misérable. Un discours ponctué de tics et mimiques ridicules dont il n'a plus conscience depuis des décennies. Sa voix monocorde n'arrivera jamais jusqu'aux cerveaux trop encombrés de ces élèves endormis –ou trop occupés à raconter les derniers potins ou à rire de cette existence aisée dont ils profitent agréablement pendant que cet être grisâtre transpire à leur conter des vies pleines de poussière de gens qui aujourd'hui ne sont plus rien.
Alors non, je ne suis pas désespérée ni dépressive, ni même suicidaire – que celui qui le pense sérieusement se donne une claque pour avoir eu une pensée aussi stupide – je suis seulement à deux doigts de sombrer dans un sommeil profond en même temps que trente autres de mon espèce pendant qu'un autre parle dans le vide sans même sans rendre compte. Il faut bien s'occuper les doigts... moi j'écris, et mon voisin de derrière lit tranquillement, pendant que celui de devant envoie un texto... pauvre titulaires censés nous garnir la tête de belle façon, je ne sais si ils y arriveront un jour...